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«De quel Congo rêvons-nous pour demain?»

Cette question a été posée aux Congolais de Québec le 11 février dernier par l’honorable Vital Kamerhe, député national de la circonscription de Bukavu (République démocratique du Congo) et ancien président de l’Assemblée Nationale du Congo-Kinshasa. Il était de passage à l’Université Laval pour une conférence intitulée Le processus de paix dans la région des Grands Lacs. L’événement a été organisé par la Chaire publique ÆLIÉS en collaboration avec l’Association des Congolais et Congolaises du Québec.

Introduit par M. Steeve Bélanger, directeur de la Chaire publique ÆLIÉS, l’honorable Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo (RDC) et ancien commissaire général du gouvernement en charge du suivi du processus de paix dans la région des Grands Lacs, a tenu d’abord à remercier les autorités de l’université pour l’invitation qui lui a été lancée.

Abordant le thème de la conférence, M. Kamerhe a commencé par identifier et à circonscrire les pays qui forment la région des Grands Lacs: la RDC, le Burundi, l’Ouganda et le Rwanda. Il a, par ailleurs, insisté sur la situation tragique qui sévit à l’est du Congo à la suite de la transposition sur le sol congolais des conflits internes qui ont toujours opposé le Burundi au Rwanda au niveau de leurs ethnies respectives.

Le député Vital Kamerhe (au centre) encadré amicalement par quelques Congolais de Québec. (Photo: Maurice Bokoko)

L’origine des hostilités dans la région des Grands Lacs

Les conflits et les guerres récurrentes qui, depuis une décennie, bouleversent la vie des gens dans la région des Grands Lacs, trouvent leur origine dans la décision prise le 27 juillet 1998 par le président Laurent-Désiré Kabila. En effet, ce dernier décida de se débarrasser de ses anciens partenaires, en l’occurrence les Rwandais, les Burundais et les Ougandais, à cause du mauvais comportement que ceux-ci affichaient. Mais c’était sans compter avec la détermination de ces anciens alliés qui agressèrent alors la RDC le 2 août 1998 sans autre forme de procès.

Le long processus pour ramener la paix en RDC

Les nombreuses tentatives pour arrêter la guerre déclenchée le 2 août 1998 et ramener la paix au Congo ont commencé le 7 août 1998 au Zimbabwe mais n’ont donné aucun résultat tangible. «Pas moins de 15 instruments juridiques (accords, actes d’engagement, déclarations d’intention, tout ce que vous voulez) mais toutes ces tentatives sont demeurées inefficaces, et la pacification totale peine à venir à l’est du Congo», a déclaré amer le député Vital Kamerhe.

Lors de sa conférence à l’Université Laval, M Kamerhe a aussi proposé une piste de sortie pour faire de la région des Grands Lacs une oasis de paix. Pour lui, la paix dans la région des Grands Lacs passe par «la paix pour tous». Ce qui signifie la paix pour la RDC, la paix pour le Burundi, la paix pour l’Ouganda et la paix pour le Rwanda. Ainsi, on éviterait à la RDC la jalousie dont elle est victime de la part des trois autres pays en raison de ses richesses.

Des cris hostiles contre Kamerhe

En guise de conclusion, Vital Kamerhe, qui n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, a préconisé la refondation de l’État du Congo, estimant que le gouvernement dirigeait à vue. Il a invité les Congolais de Québec à rester unis avant de leur poser une question délicate: «De quel Congo rêvons-nous (pour) demain»? Le jeu de questions/réponses clôtura la conférence qui connut un moment d’arrêt dû à des cris hostiles contre Kamerhe.

Une visite importante pour les Congolais de Québec

Selon M. Steeve Bélanger, directeur de la Chaire publique ÆLIÉS, la visite de l’honorable Vital Kamerhe à Québec a permis de prendre conscience des nombreux problèmes auxquels est confrontée la République Démocratique du Congo, problèmes plutôt méconnus par la majorité des Québécois. «Dans une volonté critique de présenter cette situation, Kamerhe n’a pas hésité à énoncer que la situation actuelle de la RDC ne doit pas seulement être reprochée à la Communauté internationale, mais également au peuple et au gouvernement congolais. «Tous deux doivent travailler en collaboration pour assurer une amélioration du contexte vécu et politique dans ce pays», est d’avis M. Bélanger. Tout en regrettant l’absence d’une assistance québécoise plus nombreuse, M. Steeve Bélanger estime que la visite du député Vital Kamerhe a été un événement très important pour la communauté congolaise de la région de Québec, qui s’est déplacée en grand nombre à la rencontre organisée dans l’Amphithéâtre Hydro-Québec de l’Université Laval.

Maurice BOKOKO / Article publié dans le numéro de mars 2010.