Solidaires avec Barcelone! Solidaires avec Ouagadougou!
Point de vue - Collaboration spéciale

L’horreur a un nouveau nom: Haïti

Alix Renaud

On dirait une malédiction! Drames politiques, crises économiques et catastrophes naturelles semblent s’être trouvé une cible de choix depuis quelques années et ne lui laissent donc aucun répit. Ainsi, depuis le 12 janvier courant, l’horreur a un nouveau nom: Haïti. Il y a aussi tous ces visages du désespoir que nous voyons défiler sur nos écrans depuis cet infernal mardi après-midi. Aucun être humain, aucun peuple n’a pu rester insensible face à cette tragédie. Le dévouement spontané de la communauté internationale, des gouvernements, de divers organismes, des entreprises privées et des groupes de bénévoles, ce dévouement va bien au-delà du simple sens du devoir. Il témoigne d’un réel esprit de solidarité dans le malheur. Malgré l’aide apportée aux sinistrés et à leurs proches, les Haïtiens auraient préféré se passer de ce malheur et de tout ce qu’il coûte en termes de souffrance humaine. Le pays peut être reconstruit, on le reconstruira. Mais les absents, jeunes ou vieux, resteront absents. C’est là l’essentiel de cette tragédie. Pour avoir manifesté une réaction semblable à la sienne, je comprends fort bien que le poète français Roland Nadaus écrive: «Mon premier réflexe n’a pas été la compassion, mais la colère révoltée: Alors, Dieu s’est encore caché?» (Irrégulomadaire, n° 9 - Poésiens - 14  janvier 2010)

Dans ma propre famille, des parents manquent encore à l’appel, des amis aussi, au moment où j’écris ces lignes. Ma révolte a fait place à une angoisse sournoise qui s’estompe de temps à autre pour laisser émerger, soit un peu d’espoir, soit un sentiment d’impuissance. Sur une liste de disparus, j’ai lu le nom de gens que j’ai connus. En situation de guerre, on peut blâmer les hommes. Mais de qui se plaindre - et surtout à qui - dans le cas du séisme qui a dévasté Haïti?

Il nous reste une consolation, précieuse quoique mince: sans cesse malmené au cours de son histoire, le peuple haïtien n’a jamais baissé les bras. Hier soir, à la télé de Radio-Canada, une image furtive nous a montré des gens en train de balayer! En pareilles circonstances, aussi futile que ce geste puisse sembler aux yeux de certains, je préfère y voir un symbole et me rappeler que ce peuple reste croyant en dépit des circonstances les plus éprouvantes. Au plus fort de sa misère, il vous lance son dicton créole favori: Bondye bon! («Dieu est bon») et y puise assez de force pour se ressaisir.

Article publié dans le numéro de janvier 2010.