Le maire Régis Labeaume a expliqué que la Ville de Québec et le SPVQ doivent être exemplaires en matière de diversité et se donneront les moyens pour y réussir. (Photo: capture d’écran Ville de Québec)

CAP SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE À LA VILLE DE QUÉBEC ET AU SPVQ

Le 31 mars 2021, le maire Régis Labeaume a annoncé un virage majeur en matière de diversité culturelle à Québec. Au-delà de la création d’une Maison de la diversité, M. Labeaume a affirmé que la Ville de Québec et son service de police mettront le cap sur l’embauche de personnes issues de l’immigration afin de bien refléter le visage actuel de la capitale. Au SPVQ, qui compte environ 700 policiers et policières, au moins 50 personnes devront faire partie à court terme des communautés culturelles.

Mihai Claudiu CRISTEA

«Nous avons besoin d’alliés pour lutter contre le racisme»

Le directeur général du Centre R.I.R.E. 2000, M. Benoît Songa, croit que la Maison de la diversité de Québec donnera l’occasion aux Québécois d’origine de savoir «ce que l’immigration apporte au Québec, que nous ne sommes pas des quémandeurs, mais bien des contribuables comme tout le monde». Il estime que ce lieu contribuera indirectement à mieux lutter contre l’ignorance, les préjugés et le racisme. «Nous avons besoin d’alliés pour lutter contre le racisme. Et la Maison de la diversité nous permettra de faire grossir les rangs de ces précieux alliés», nous a déclaré M. Songa. (...)

Selon la directrice générale de l’organisme Voice of English-speaking Québec, Mme Brigitte Wellens, la Maison de la diversité devra ouvrir largement ses portes à tout le monde et même aux employeurs. «On connaît mal les différentes cultures. Les façons d’interagir entre les gens sont différentes d’un pays à l’autre. Ce futur lieu nous permettra d’en connaître un peu plus à ce sujet. Mais il faut inviter les Québécois et les Canadiens nés ici à participer aux différentes activités pour que cela devienne possible», précise Mme Wellens.

Animateur de l’émission Dignité Noire sur les ondes de CKIA FM 88.3, Mbaï-Hadji Mbaïrewaye salue l’annonce du maire Labeaume sur la Maison de la diversité. «Je pense qu’a priori, c’est une belle initiative pour que nous ne vivions pas simplement les uns à côté des autres, mais les uns avec les autres», nous a déclaré le Tchadien d’origine qui souhaite que les opérations de la Maison de la diversité ne soient pas gérées par la Ville de Québec, mais par les communautés culturelles elles-mêmes. Concernant le projet du Service de police de la Ville de Québec de convaincre de jeunes immigrants et des minorités visibles de suivre une formation de policier, Mbaï-Hadji Mbaïrewaye milite d’abord pour la réalisation d’une étude indépendante pour démontrer s’il existe ou non du profilage racial au SPVQ.

Luc Richer, directeur général de l’organisme Motivaction Jeunesse, s’est montré en revanche agréablement surpris par les intentions du SPVQ annoncées par le maire Régis Labeaume. «Je pense que c’est une excellente idée. J’espère grandement que les jeunes immigrants vont embarquer dans cette merveilleuse aventure de suivre une formation de policier», nous a déclaré M. Luc Richer.

Mihai Claudiu CRISTEA

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Un jugement qui creuse un clivage entre les francophones et les anglophones du Québec

Après avoir annoncé en mars dernier la création du prix de la laïcité Guy-Rocher, le ministre de la Justice et responsable de la Laïcité Simon Jolin-Barrette s’est vu contraint de se porter vigoureusement à la défense de la loi 21 sur la laïcité, le 20 avril 2021, à la suite du jugement très attendu de la Cour supérieure prononcé par le juge Marc-André Blanchard. Même si la loi 21, contestée par plusieurs personnes et organismes du Québec et du Canada, était protégée par la clause dérogatoire utilisée par le gouvernement Legault, le juge Blanchard en a pourtant invalidé certaines parties en la rendant inapplicable dans les commissions scolaires anglophones du Québec (au nom de la protection des droits linguistiques par la Charte canadienne des droits et libertés) et, étonnamment, à l’Assemblée nationale du Québec. En conséquence, les enseignants et les enseignantes des commissions scolaires anglophones pourront de nouveau porter des signes religieux ostentatoires devant leurs élèves, contrairement à leurs collègues du réseau public d’enseignement francophone.

Le gouvernement du Québec a réagi rapidement pour affirmer que même si la majeure partie de la loi 21 a été validée et continuera de s’appliquer avec les exceptions suscitées, il portera en appel le jugement de la Cour supérieure. Le ministre Simon Jolin-Barrette a fait savoir au nom du gouvernement du Québec le «profond désaccord concernant les éléments du jugement qui rendent inopérantes certaines dispositions de la Loi sur la laïcité de l’État». Le ministre de la Justice a insisté sur le profond clivage social engendré par ce jugement au sein de la société québécoise. «Les lois du Québec doivent s’appliquer pour tous et sur l’ensemble du territoire québécois. Il n’y a pas deux Québec, il n’y en a qu’un seul. Ce jugement remet en question le droit du Québec à sa spécificité et nos capacités de faire nos choix par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Le Québec ne peut pas accepter une telle intervention du tribunal envers nos décisions collectives. (…) Le Québec est une nation. Certains tentent de nous diviser, mais le Québec reste uni. Il est essentiel que les lois qui nous gouvernent soient en phase avec nos valeurs profondes. La nation québécoise a fait le choix de la laïcité et votre gouvernement défendra ce choix jusqu’au bout», a déclaré M. Simon Jolin-Barrette. Selon de nombreux analystes politiques, ce «jusqu’au bout» du ministre de la Justice du Québec veut très probablement dire jusqu’en Cour suprême du Canada. (Mihai Claudiu CRISTEA)

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no. 185, Avril 2021
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Peut-on « soigner » avec succès le pessimisme?

Quand on se lève à trois heures du matin pour aller à la toilette et qu’on se cogne le petit orteil avec la patte du lit, c’est difficile de reconnaître que le corps fonctionne bien et que la douleur qu’on ressent est en réalité un signe de santé du système nerveux. Il est encore plus difficile, en même temps, de se sentir reconnaissant du fait d’avoir un lit et un toit sur la tête. Non, quand on est envahi par la douleur, on ne peut même pas voir à quel point ce qui nous fait mal est un évènement passager qui ne met pas vraiment notre vie en danger. Si on se fie à cette analogie, on peut comprendre le pessimisme comme une façon de réagir à la douleur. En ce sens, si on traite la douleur et qu’on comprend ce qui la provoque, c’est plus facile de changer son attitude envers la vie et l’avenir.

Ma réponse est donc oui, une personne pessimiste peut devenir une personne optimiste. Comment? Tout simplement en mettant l’accent sur ce que nous avons. Ce changement mental est possible. Il dépend de nous.

Cependant, il faut d’abord que la personne ne soit pas syntone avec son pessimisme, c’est-à-dire qu’elle réalise que son attitude a un effet négatif sur son humeur et sur sa capacité à s’investir dans ses relations et ses projets. En effet, j’ai même entendu souvent l’idée que si on pense toujours au pire résultat, on ne sera jamais déçu. Mais si on s’attend toujours au pire, on apprend rapidement qu’aucun effort ne vaudrait la peine. Si on ferme la porte aux autres pour ne pas risquer d’être blessé, on ferme aussi la porte à la possibilité d’avoir des connexions saines et solides. Réaliser cela et y faire face, cela prend du courage et nécessite qu’on soit prêt à l’entendre. Garcia Márquez disait que la vie n’est pas ce qu’on vit, mais comment on le relate...

PAOLA MARÍA AKL MOANACK, psychologue chez MEETUAL, psychothérapie en ligne, collaboration spéciale

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Onde de choc dans la communauté haïtienne de Québec

DÉCÈS SUBIT DE L’ÉCRIVAIN ALIX RENAUD

Le 11 avril 2021, l'Association haïtienne de Québec (AHQ) nous a annoncé la triste nouvelle du décès de l’écrivain, poète et journaliste Alix Renaud, collaborateur du mensuel Les immigrants de la Capitale, à l’âge de 75 ans.

Selon son épouse, Michèle D’Haïti, M. Renaud a été foudroyé sans préavis par un infarctus tôt le matin, à sa résidence de Québec, après avoir ressenti un malaise. «Il semble avoir perdu connaissance en ambulance vers l’hôpital (l’Institut de cardiologie de Québec — N.D.L.R)», nous a confié Mme D’Haïti, dévastée et sous le choc.

«Nous avons perdu subitement un exceptionnel fils d'Haïti, un grand intellectuel apprécié de toute la communauté haïtiano-québécoise. (…) L’écrivain Alix Renaud fut président de l'AHQ dans les années 80 et a contribué par le biais de cette association à la promotion de la culture haïtienne au Québec ainsi qu'au renforcement des liens haïtiano-québécois. (…) Son souvenir et ses accomplissements resteront toujours gravés dans notre mémoire», nous a écrit par courriel M. Wendy Sévère, président de l’Association haïtienne de Québec.

Pour le nonagénaire Roland Dolcé, auteur de jeux littéraires d’origine d’haïtienne, la mort de son compatriote Alix Renaud est «un calice d’amertume difficile à avaler». Monsieur Dolcé croit qu’on doit se consoler avec l’idée que, même si nous avons perdu l’homme Alix Renaud, l’écrivain et poète Alix Renaud restera avec nous pour l’éternité. «Sa mort inattendue nous rappelle douloureusement que nous sommes poussière et nous redeviendrons poussière», ajoute M. Dolcé (citant une locution latine) dans un message écrit à la main.

Mihai Claudiu CRISTEA

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