Nous sommes solidaires avec les familles des 176 victimes tuées
dans l’écrasement du vol d’Ukraine Airlines
en Iran le 8 janvier 2020.
L’armée iranienne a admis son erreur monumentale d’avoir frappé avec un missile
l’avion civil ukrainien peu après son décollage.
«Il fait frette en tabarouette / Au Québec», chantent amusés les élèves en francisation de l’École Saint-Malo. (Photo: YouTube)

Les élèves de Madame Nancy font un clin d’oeil musical adorable à la société d’accueil

Si on devait réaliser un classement des révélations interculturelles de l’année 2019 à Québec, les élèves de l'enseignante Nancy Fall en classe d’accueil à l’École Saint-Malo occuperaient certainement une place sur le podium. Ces élèves en francisation issus de l’immigration sont les auteurs d’une adorable chanson autobiographique intitulée «Je suis là».

Le refrain arrive vite et donne des frissons aux adultes que nous sommes: «Mes pieds ici / Ma tête là-bas / Mon coeur grossit / Et je suis là». La chanson bénéficie même d’un clip vidéo sur YouTube. (Mihai Claudiu CRISTEA)

Embrassez vos parents et vos proches à Noël!

Je pourrais vous raconter dans cette édition comment un haut fonctionnaire du gouvernement du Québec peut écraser, en quelques mots seulement, tout ce que veut dire liberté d’expression et d’opinion dans un pays démocratique. Et comment ce fonctionnaire (dont je ne connais pas encore le nom et le titre) a décidé récemment d’émettre un règlement insensé qui bannit notre mensuel des porte-revues des bureaux de Services Québec à Québec (anciennement Emploi- Québec) après 14 ans de présence continue. Le même sort est réservé, semble-t-il, à tous les médias et les documents non gouvernementaux ou qui n’appartiennent pas aux «partenaires» reconnus par Services Québec. On nous explique aussi que le côté opinion de notre mensuel pose problème, même si on ne nous reproche rien en particulier...

En cette fin d’année, je souhaite plutôt vous rappeler (et me rappeler en même temps) qu’il existe dans la vie des choses incomparablement plus importantes que celles qui nous fâchent, nous révoltent, nous consument du matin au soir et qui nous empêchent de dormir la nuit. Noël a probablement été inventé pour avoir la chance, plus que jamais, de penser à cela…

J’écris ces lignes, inspiré par les propos et le regard d’une jeune Colombienne, lectrice de notre mensuel, qui travaille dans un restaurant portugais du Vieux-Québec. Lors de notre livraison de novembre dernier, avec une émotion authentique, derrière sa caisse enregistreuse, elle m’a confié se souvenir de mon éditorial de janvier 2019 sur la mort subite de mon père en Roumanie. C’était flatteur et triste à la fois. J’espère bien que ses parents sont vivants et en bonne santé. Et j’ai l’impression que c’est un peu elle qui me dicte les lignes qui suivent…

Si vous avez le temps et les moyens d’aller au pays, faites-le juste pour embrasser vos parents encore en vie. Allez-y pour embrasser aussi vos proches. Passez avec eux le plus de temps possible. La vie est courte et elle nous file entre les doigts. Si vous ne pouvez pas y aller, car les billets d’avion sont trop chers en décembre, allez les voir en janvier, en février ou en mars quand (de toute façon) il sera très difficile de trouver un endroit peuplé plus froid et plus enneigé que le Québec...

Depuis quelques semaines, à 8 000 km des miens, j’écoute en boucle la toute nouvelle chanson du groupe québécois Les Cowboys Fringants intitulée «L’Amérique pleure». Faites une petite recherche sur Internet et écoutez-la. Une fois, trois fois, dix fois si elle vous plaît et pour comprendre comment on tourne en rond avec l’illusion qu’on avance et en faisant semblant d’être heureux. Ce n’est pas pour augmenter le blues des Fêtes que je vous suggère de l’écouter, mais pour réfléchir. C’est le temps idéal pour le faire.

Allez voir vos parents au pays! Avant Noël ou après Noël. On ne réalise pas le vide qui reste à combler (en roumain on appelle ce vide «hau») quand la mort nous les vole sans préavis et pour toujours. C’est pour cela que cette année, je ne passerai pas Noël et le Jour de l’An tout seul à Québec comme la dernière fois. Personne ne m’annoncera de mauvaises nouvelles à Québec le 1er janvier.

J’irai allumer des bougies sur la tombe de mon père dans le village de mon enfance, sur celles de mes grands-parents, d’un oncle et d’une ex-collègue de rédaction morte à Timisoara, en ce début de décembre, à seulement 56 ans. J’irai embrasser ma mère à Noël dans sa résidence pour personnes âgées, même si elle ne se souviendra plus de ma visite cinq minutes après mon départ…

Mihai Claudiu CRISTEA

La Cour d’appel du Québec refuse de suspendre la Loi 21 sur la laïcité de l’État

Le 12 décembre 2019 fut une journée très heureuse pour tous les partisans de la laïcité au Québec après la décision majoritaire (à deux contre un) de la Cour d’appel du Québec de maintenir en vigueur la Loi 21 sur la laïcité de l’État du gouvernement Legault.

Du côté des poursuivants, au Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), c’était la déception et on disait être en réflexion pour un appel auprès de la Cour suprême du Canada. L’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) a qualifié la décision de la Cour d’appel du Québec de «dévastatrice» par le biais d’un bref communiqué de presse. «La décision dévastatrice d’aujourd’hui n’apporte aucun soulagement aux enseignants qui ne peuvent pas travailler dans leur profession, aux parents soucieux de subvenir aux besoins de leurs enfants et aux individus concernés par leur avenir», a déclaré Noa Mendelsohn Aviv, directrice du programme d’égalité de l’ACLC. «Nous n’avons pas fini de combattre cette loi injuste», a-t-elle ajouté.

Rappelons que cette décision du plus haut tribunal du Québec a été rendue après une première contestation sans succès de la Loi 21 déposée en juin dernier par le Conseil national des musulmans canadiens et l’Association canadienne des libertés civiles auprès de la Cour supérieure du Québec. Le CNMC et l’ACLC affirmaient dans leur poursuite que la Loi 21 «est inconstitutionnelle et causera un dommage irréparable aux minorités religieuses».

Prenant connaissance du jugement rendu le 12 décembre 2019 par la Cour d’appel du Québec à l’effet de maintenir entièrement l’application de la Loi sur la laïcité de l’État, le Rassemblement pour la laïcité de l’État (RPL), qui regroupe plusieurs organismes issus de la société civile favorables à la laïcité, s’est dit très satisfait de cette décision prise à la majorité, alors que la juge en chef de la Cour d’appel Nicole Duval Hesler a officiellement inscrit sa dissidence en soulignant le «risque de subir un préjudice irréparable» pour «certaines enseignantes ou futures enseignantes» qui portent des signes religieux. À noter qu’avant le 12 décembre, la juge en chef Duval Hesler a fait l’objet d’une cinquantaine de plaintes au Conseil canadien de la magistrature après avoir exprimé publiquement sa position contre la Loi 21 tout en étant juge dans un procès qui visait l’invalidation de cette loi.

Pour les responsables du RPL, le rejet de la demande d’injonction déposée afin de suspendre immédiatement la Loi 21 «représente une immense victoire pour la société québécoise». Selon Mme Michèle Sirois, co-porte-parole du RPL, «le jugement rendu par la Cour d’appel représente une avancée majeure pour le principe de laïcité de l’État et la liberté de conscience des citoyennes et citoyens bénéficiaires de services publics québécois».

Le Rassemblement pour la laïcité de l’État estime que «le maintien de l’obligation pour les enseignantes et les enseignants de ne pas porter de signes religieux dans le cadre de leur travail était essentiel, puisque l'école est au coeur du combat pour la laïcité», ce qui permet que «la liberté de conscience des élèves et des parents soit enfin respectée, voire considérée égale à l’importance de la liberté religieuse». Le RPL invite la partie demanderesse à ne pas porter appel de la décision rendue le 12 décembre 2019, alors que le véritable procès portant sur la Loi sur la laïcité de l’État aura lieu au cours de l’automne 2020.

Par la voix de Sonia LeBel, la ministre de la Justice et procureure générale du Québec, le gouvernement du Québec s’est déclaré satisfait de constater que la Loi sur la laïcité de l’État demeure en vigueur.

Mihai Claudiu CRISTEA
L'édition imprimée
no. 170, Décembre 2019
3 000 exemplaires. 20 pages.
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