Solidaires avec Las Vegas, Marseille et Edmonton! Solidaires avec New York!
«Elle était extraordinaire! Elle était très souriante et très positive», se rappelle M. Hypolyte Tchoutouo, père de Michelle Solaye, profondément marqué. (Photo: Sophie Omari)

Un SOURIRE ÉCRASÉ dans la neige et une COMMUNAUTÉ EN DEUIL

Pour Josiane Tedongmo et Hypolyte Tchoutouo (au centre de la photo), un jeune couple de Québec originaire du Cameroun, le 1er décembre 2017 restera à vie une journée noire, synonyme de la mort subite de leur fille Michelle Solaye (photo en exergue), âgée de seulement 8 ans.

Écrasée par une déneigeuse tout près de l’appartement familial situé à Charlesbourg, la petite Michelle laisse en deuil non seulement sa famille, mais aussi toute la communauté camerounaise de Québec.

Mihai Claudiu CRISTEA

Michelle Solaye, la fillette qui aimait la neige…



Quand on quitte notre pays d’origine pour vivre au Québec, dans notre course vers une vie meilleure nous oublions parfois que nous sommes des mortels. Et avec raison, car nous arrivons jeunes, en santé, pleins d’énergie et d’espoir. On se souvient de la mort seulement lorsqu’un proche ou un ami resté au pays quitte ce monde sans même nous donner le temps de lui dire au revoir. On réalise alors à quel point nos efforts de trouver une place meilleure sous le soleil (ou sous la neige) peuvent s’écrouler à tout moment sous la hache invisible de la mort. Cette mort sournoise qui se moque des frontières, des visas et des douanes, qui se fout très souvent de notre position sociale et de nos comptes en banque, de nos rêves et même de nos prières.

«On pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres», me confiait encore sous le choc Josiane Tedongmo, presque défigurée par la douleur, deux jours après la mort de sa fille Michelle Solaye, happée par une déneigeuse. Elle me disait cela pendant que je lui tenais la main dans son appartement plein à craquer de Camerounais de Québec venus (comme moi) les consoler elle, son mari Hypolyte et ses deux filles. La plus petite, âgée de quatre ans, la tête couchée sur l’épaule de son père, ne semblait pas trop comprendre ce qui se passait autour d’elle et attendait probablement l’arrivée de sa sœur Michelle partie quelque part en voyage avec ses collègues de classe.

Un silence lourd régnait le 3 décembre autour de l’immeuble où habitait Michelle Solaye. Il faisait froid cette soirée-là et j’avais l’impression qu’il faisait encore plus froid en m’approchant de l’endroit où la petite avait rendu son dernier souffle, écrasée dans la neige sous les roues du mastodonte sans âme. Elle n’a probablement même pas eu le temps de crier pour avertir le conducteur qui ne l’a pas vue en reculant brusquement. Elle n’a certainement pas eu la chance de lui parler de ses rêves de devenir éducatrice comme Mme Marie-Hélène du service de garde de l’École Saint-Malo ou enseignante comme Mme France de l’école du Bourg-Royal. Elle n’a pas eu le temps de lui dire à quel point elle était heureuse à Québec, de lui parler de ses amis québécois qui ne lui rappelaient jamais qu’elle était différente (car née au Ghana de parents Camerounais), de son amour pour la neige et pour la crème glacée, de sa passion pour les mathématiques, des cadeaux offerts par son père Hypolyte après chaque 100 % obtenu à l’école. Avec un peu de chance, elle aurait pu faire tout cela...

Mihai Claudiu CRISTEA

Des engagements gouvernementaux sans précédent sur l’établissement en région des immigrants

Le 5 décembre 2017, à l’issue du grand forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination qui a mobilisé au cœur de Québec près de 200 personnes provenant de divers horizons, le gouvernement du Québec a annoncé «plusieurs actions concrètes en matière d’immigration qui seront déployées dès maintenant et au cours des prochains mois avec un investissement de 15 millions de dollars». L’objectif est d’arrimer les besoins pressants en main-d’œuvre et l’accès à l’emploi des personnes immigrantes, et ce, dans toutes les régions du Québec.

La plus grande nouvelle communiquée dans la cadre du forum, c’est le retour du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) en région (y compris à Québec) par la mise en place d’une nouvelle stratégie d’intervention territoriale afin d’offrir un service de proximité axé sur l’accompagnement de la clientèle immigrante. La présence accrue du MIDI sera possible par l’entremise des bureaux de Services Québec.

Par ce retour-surprise en région, le MIDI souhaite améliorer l’accompagnement des entreprises afin de répondre à leurs besoins de main-d’œuvre comblés par l’immigration en s’assurant que les différents services offerts répondent à leurs attentes. Le gouvernement annonce en ce sens la bonification du programme «Reconnaissance des compétences et accès aux ordres professionnels», qui facilite et accélère la reconnaissance des compétences dans des domaines en demande tels que le génie, la comptabilité et le travail social, en plus de soutenir les immigrants pendant le processus de reconnaissance de leurs compétences. (…)

Le MIDI promet un meilleur soutien aux organismes qui œuvrent auprès des personnes immigrantes et issues de la diversité afin de favoriser une meilleure concertation des acteurs du milieu. (…)

À la suite de nombreuses critiques sur la francisation des immigrants au Québec formulées en novembre dernier par la vérificatrice générale, le MIDI annonce une bonification de l’offre de services en francisation par l’ajout d’un quatrième cours de français à temps complet adapté aux besoins concrets des entreprises tout en mettant en place un suivi systématique des élèves et un mécanisme de contrôle-qualité pour apporter un meilleur soutien pédagogique tout au long de leur apprentissage. (L.I.C. — Source: MIDI)
L'édition imprimée
no. 146, Décembre 2017
3 000 exemplaires. 20 pages.
Disponible dès maintenant.
Voir les points de distribution