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L’étude démontre que les candidats fictifs maghrébins de la région de Québec vivent de la discrimination à l’emploi à cause de leurs noms. (Photo: LIC)

Entrevues d’embauche : Mohamed et Fatima, deux fois moins «intéressants» que Mathieu

Selon une récente étude réalisée par le doctorant en sociologie Jean-Philippe Beauregard, les chercheurs d’emploi d’origine maghrébine de la région de Québec vivent une inquiétante discrimination à l’emploi par rapport aux Québécois «de souche». Malgré leurs diplômes universitaires obtenus au Québec et leurs expériences de travail équivalentes en sol québécois, les candidats (fictifs) portant par exemple le nom de Mohamed Hassane ou de Fatima El Alaoui sont convoqués deux fois moins souvent à une entrevue d’embauche qu’un candidat portant le nom de Mathieu Roy. (Mihai Claudiu CRISTEA)

La famille Siles, un modèle d’ambition et d’intégration réussie à Québec

En 2022, quand la construction du tramway de Québec démarrera, Mme Hortensia Rocha Siles, M. Jaime Siles Otazo et leurs deux enfants Paul et Jimmy lèveront un verre de champagne pour leurs 50 ans dans la capitale québécoise. Voici le portrait d’une famille bolivienne qui a connu et connait le bonheur à Québec.

«Nous sommes arrivés à Québec au début des années 70, avec nos deux jeunes enfants Paul 4 ans et Jimmy 5 ans, pour faire des études supérieures et dans l’intention d’y rester pour deux ans. Nous avons compris assez vite que nous étions tombés en amour avec le Québec. De plus, on ne voulait pas «arracher» nos enfants d’ici pour leur imposer un retour en Bolivie, car visiblement ils s’intégraient merveilleusement bien à Québec. Nous avons donc décidé d’y rester», nous raconte Mme Hortensia Rocha Siles, ex-présidente de l’Association Québec-Bolivie et travailleuse sociale spécialisée dans l’approche l’interculturelle.

AMOUR UTILE POUR FÉLIX LECLERC

Le 27 octobre dernier, lors de la Semaine québécoise des rencontres interculturelles, l’Association Québec-Bolivie nous a conviés à une activité spéciale intitulée «Pentagrama Poético», ayant comme invitée d’honneur la charmante animatrice québécoise Renée Hudon. Nous avons découvert à cette occasion une facette peu connue de l’infatigable Hortensia Siles, sa passion pour la poésie. On ne savait pas que Mme Siles avait gagné en 1999 le 1er prix d’un concours de Radio Canada pour un poème en français dédié au grand chanteur et poète québécois Félix Leclerc. «Au-delà de mes engagements sociaux, j’ai toujours aimé la poésie. Félix, c’était mon premier amour au Québec… J’écoutais ses chansons, mais cela me faisait de la peine de ne pas pouvoir tout comprendre. Et cela m’a stimulée à vouloir apprendre plus vite le français. Félix Leclerc m’a ouvert une porte vers le Québec», nous a déclaré en exclusivité Mme Siles.

La volonté de bien apprendre le français a été encore plus grande dans le cas de ses deux enfants, Paul Siles, artiste multidisciplinaire, magicien du piano et excellent animateur interculturel, et Jimmy, ingénieur et interprète-traducteur. Et cela, tout en leur offrant une forte connexion avec la Bolivie. «Nous avons toujours eu le souci de préserver les racines culturelles boliviennes de nos enfants. Nous avons adopté une double stratégie: veiller à l’apprentissage du meilleur français possible tout en privilégiant la communication en espagnol à la maison», nous explique M. Jaime Siles Otazo, journaliste en Bolivie et au Québec, présentement consul de l’État plurinational de Bolivie pour le Québec, l’Île-du-Prince Édouard, Terre-Neuve et Labrador.

ENSEMBLE, POUR LA FÊTE DE MAMAN

Nous demandons à Paul comment on doit expliquer son absence totale d’accent latino, son authentique accent québécois et en même temps sa puissante connexion avec la Bolivie. «Pour l’accent québécois, c’est l’école et la vie à Québec. En revanche, heureusement, nos parents ont su cultiver nos racines boliviennes. Grâce à eux, la Bolivie a toujours été très présente dans notre vie à Québec. Nous avons fait ensemble beaucoup de radio en espagnol. Nous avons organisé de nombreuses conférences sur la Bolivie. À la maison, on mangeait parfois avec le dictionnaire d’espagnol sur la table pour chercher un mot ou un autre», nous a confié tout récemment Paul Siles, de passage dans la maison familiale, approuvé par son frère Jimmy. C’était le 13 mai dernier, jour de la fête des Mères et, par coïncidence, jour d’anniversaire de Mme Hortensia Siles.

Mihai Claudiu CRISTEA

Mohamed et Fatima ou la peur des accommodements religieux

L’étude réalisée en première dans la région de Québec par le doctorant en sociologie Jean-Philippe Beauregard nous montre que les chercheurs d’emploi d’origine maghrébine vivent une importante discrimination à l’emploi par rapport aux Québécois «de souche». Le chercheur de Québec et deux étudiants en sociologie ont envoyé 404 CV fictifs mais équivalents pour 202 vrais emplois à Québec et à Lévis exigeant des études universitaires. Une moitié des CV portaient le nom de Mathieu Roy. L’autre moitié affichait en alternance les noms de Mohamed Hassane ou de Fatima El Alaoui.

Malgré leurs diplômes universitaires obtenus au Québec et leurs sept ans d’expérience de travail équivalente en sol québécois, Mohamed et Fatima ont été convoqués deux fois moins souvent à une entrevue d’embauche que Mathieu. Le chercheur Jean-Philippe Beauregard conclut que les candidats maghrébins (hommes ou femmes) vivent un taux de discrimination à l’emploi d’environ 50 % par rapport au candidat «de souche». À compétence égale, une fois sur deux en moyenne, le candidat maghrébin de la région de Québec n’arrive même pas à faire valoir ses compétences, car il n’est pas convoqué en entrevue. (...)

Il est fort possible que l’étude de M. Beauregard, réalisée en 2017 et dont les résultats ont été publiés le 7 mai 2018 par Radio-Canada et Le Journal de Québec, fasse grimper aux rideaux plusieurs immigrants de religion musulmane originaires du Maghreb. Pourtant, il ne faut pas voir dans cette étude juste la confirmation de ce qu’on «savait déjà», soit que les candidats musulmans sont systématiquement discriminés sur le marché du travail de la région, et cela, même après l’attentat de la Grande Mosquée de Québec. Je crois qu’il faut éviter de trop insister sur la supposée «islamophobie» des Québécois, étiquette injuste, car cela ne fera qu’empirer la situation. Essayons juste de comprendre avec calme ce qui pourrait passer par la tête de certains employeurs d’ici.

J’estime que de nombreux employeurs de la région de Québec ont peur d’être confrontés automatiquement à des demandes d’accommodements religieux, advenant l’embauche d’une personne qui s’appelle Mohamed ou Fatima. Ils imaginent probablement une femme revendicatrice portant le hijab (le foulard), le tchador ou même le niqab. Ils imaginent aussi un futur employé qui déroulera son tapis chaque jour pour faire ses cinq prières non loin du service à la clientèle (faute de local disponible). Ou un employé qui risque à tout moment de s’évanouir au travail durant le mois du ramadan et qui lave ses pieds dans le lavabo (comme on le voit parfois dans les aéroports).

En embauchant «les siens», un employeur québécois pensera éviter ce qu’on appelle au Québec «un paquet de troubles». Il est vrai en même temps qu’en procédant ainsi, il se privera de nouveaux talents. Il embauchera peut-être un Mathieu médiocre ou juste «correct» et il ratera possiblement un Mohamed exceptionnel ou tout simplement génial. En passant, je connais une Fatima à Québec, excellente en service à la clientèle, qui ne porte même pas de foulard. Son prénom ne l’oblige à rien…

Selon moi, cette peur des employeurs est générée depuis 15 ans principalement par le manque de courage politique des différents gouvernements qui se sont succédé à Québec et par le flou qui entoure les accommodements religieux. Ce flou est d’ailleurs pleinement confirmé par les lignes directrices ahurissantes de la loi 62 annoncées par la ministre Stéphanie Vallée le 9 mai dernier.

Mihai Claudiu CRISTEA
L'édition imprimée
no. 151, Mai 2018
3 000 exemplaires. 20 pages.
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À toutes les personnes de plus de 14 ans

Les producteurs agricoles du Québec ont besoin de vous! P

Le Centre d’emploi agricole est en plein recrutement de cueilleurs et de cueilleuses pour la saison des fraises et des framboises 2018 dans la région de la Capitale-Nationale. Les travailleurs seront transportés jusqu’aux fermes de l’île d’Orléans, principalement, où ils y travailleront de 7 à 8 heures par jour. Ce service, offert 7 jours sur 7 si la température le permet, débute dès la mi-juin et se termine à la fin septembre. Le salaire est en fonction du nombre de paniers de fraises et de framboises récoltées.

Profitez de cette opportunité pour vous familiariser avec l’agriculture québécoise et intégrer le marché du travail. Nous accueillons toutes les personnes de plus de 14 ans, sans égard à leurs niveaux de français et de scolarité. Il suffit d’être en bonne forme physique et d’aimer travailler en plein air.

Service d’autobus – Points d’embarquement :

  • - Patro Roc-Amadour au 2301, 1re Avenue, Québec, G1L 3M9
  • - Coin St-Joseph Est et rue Caron (en face de l’église Notre-Dame)
  • - Canadian Tire au 1170, route de l’Église, Québec, G1V 4Y3

Appelez le centre d’emploi au 418 872-7707 pour avoir plus d’informations et pour vous inscrire. L’inscription est obligatoire. Vous pouvez également postuler par courriel à l’adresse suivante: emploi.agricole@quebec.upa.qc.ca.

Nous vous attendons en grand nombre pour participer à la réussite de la saison des fraises et des framboises 2018, les fruits préférés des Québécois! (Source: Audrée Dufour, Centre d’emploi agricole)