Nous sommes solidaires avec la Chine, la Corée du Sud, l'Iran, l'Italie, l'Espagne, la France, l'Allemagne, la Suisse, la Grande-Bretagne, les États-Unis et avec tous les pays à travers le monde qui font face à la pandémie de COVID-19.
Si ce n’était pas une réalité effrayante, la pandémie de coronavirus serait le scénario d’un film américain. D’ailleurs, avant qu’il ne quitte la Chine et le continent asiatique pour se répandre vers l’Europe et l’Amérique du Nord, cette nouvelle «bibitte» microscopique ressemblait étrangement à une fiction extra-terrestre loin de tout et surtout loin de nous. Le réveil a été brutal pour de nombreux pays occidentaux, dont l’Italie, l’Espagne, la France, la Belgique, les États-Unis et le Canada. (Photo: LIC)

La pandémie de coronavirus, un coup dur pour le vivre-ensemble

Faute de remède ou de vaccin disponible contre la COVID-19, à travers la planète, les autorités appliquent plus ou moins la même recette : l’isolement des malades ou des suspects pour 14 jours, le télétravail, la fermeture des CPE, des écoles, des universités, des commerces, des régions ou même des frontières et des mesures d’hygiène hors de l’ordinaire.

Dans un pays d’immigration comme le Canada, le fameux vivre-ensemble, qui signifie souvent une interaction humaine en tête à tête sans l’intermédiaire d’un écran d’ordinateur ou d’un téléphone intelligent, qui représente parfois le partage d’un repas à la même table, d’une chanson ou d’une danse dans la même salle, reçoit un coup dur pour un temps difficile à préciser. (Mihai Claudiu CRISTEA)

COVID-19 : «Les mesures de distanciation sociale, c’est ce qui marche le plus»

Si le 11 mars 2020, on comptait en sol québécois seulement sept personnes infectées par la COVID-19 et aucun mort, le gouvernement du Québec a confirmé dans son point de presse quotidien du 21 mars les chiffres de 181 personnes infectées et quatre morts à travers le Québec. Deux semaines plus tard, le 6 avril 2020, on parlait déjà au Québec de 8 580 cas de personnes infectées (dont 357 dans la région de la Capitale-Nationale) et de 121 morts à cause de la COVID-19 (N.D.L.R.).

Cette augmentation importante «vient de nous rappeler la force de ce virus, qu’il faut prendre au sérieux, et qu’il faut prendre au sérieux la situation s’il y en a qui pensaient que ce n’était pas sérieux», a déclaré le premier ministre du Québec François Legault qui a réitéré la consigne de limiter les contacts physiques. «Dans les prochaines semaines, c’est important de ne pas se déplacer autant que possible d’un quartier à l’autre, d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre pour éviter de répandre les infections possibles», a ajouté M. Legault.

Questionné sur la durée possible de cette crise sanitaire, le premier ministre François Legault a donné la parole à M. Horacio Arruda, directeur national de la Santé publique du Québec. «On peut avoir des centaines de scénarios. Le virus pourrait disparaître de lui-même cet été. C’est le scénario hyper optimiste. (…) Je pense que c’est peu probable. Il peut ralentir et puis revenir. (…) Même si cela s’accélère de façon importante, avec ce qu’on a déjà mis en place comme directives, il y a une grande diminution de la population qui circule. (…) Si vous faites ce qu’on vous dit, on est en meilleure position pour aplatir la courbe de la COVID-19», a précisé le docteur Arruda qui, on doit le préciser, est un fils d’immigrants portugais peu connu jusqu’à tout récemment et qui a réussi à conquérir le cœur des Québécois par son franc-parler dès le début de l’actuelle crise sanitaire.

Le directeur national de la Santé publique du Québec a manifesté une fois de plus sa conviction que, dans la lutte contre la COVID-19, les mesures de distanciation sociale sont incontournables: «Si on n’applique pas ces mesures de distanciation sociale et les gens continuent de se rassembler et de faire des «partys» ensemble, quelqu’un d’infecté va en infecter huit et cela va être encore plus compliqué. Les mesures de distanciation sociale, c’est ce qui marche le plus.»

Mihai Claudiu CRISTEA

N.D.L.R. Le 5 avril 2020, pour essayer de ralentir la propagation du coronavirus au Québec, le premier ministre François Legault a ordonné la prolongation de la fermeture de toutes les entreprises et de tous les commerces non essentiels du Québec (prévue initialement du 25 mars au 13 avril 2020) jusqu'au 4 mai 2020. (L.I.C.)

Nos enfants sont-ils Québécois ou non?

Le 22 février 2020, la Table de concertation du Mois de l’histoire des Noirs nous a proposé une matinée-causerie sous un titre invitant: «Nos enfants sont-ils Québécois?» L’événement a été organisé et animé par deux mères issues de l’immigration, Marielle M’bangha, responsable du Service de référence en périnatalité pour les femmes immigrantes de Québec, et Marie-Ange Niwemugeni, éducatrice spécialisée. La rencontre a réuni dans les locaux de Commun’action 0-5 une douzaine de parents, majoritairement originaires de divers pays d’Afrique, et deux Québécois.

«Nos enfants sont-ils Québécois?» Cette question importante et peu abordée sur l’identité et l’inclusion des enfants Afro-Québécois dans la société québécoise, c’est Marielle M’bangha, Gabonaise d’origine, qui en a eu l’idée lorsque son fils a vécu de la discrimination (générée par les autres enfants – N.D.L.R.) à la garderie et qu’il a découvert la couleur de sa peau. «C’était un épisode traumatisant. Mon fils est allé aux toilettes faire ses besoins et il m’a dit: Maman! Regarde! J’ai la couleur de ça… J’étais sous le choc. Il avait vécu cette situation à la garderie et la reproduisait à la maison», raconte Mme M’bangha.

Devant les préjugés et la violence (verbale ou physique), il faut être intransigeant et aller voir les éducateurs, conseille Mme Marie-Ange Niwemugeni, Rwandaise d’origine arrivée au Québec à l’âge de 8 ans. «Dans les milieux de garde, on banalise beaucoup en disant par exemple, ce sont juste des enfants, tous les enfants sont méchants; parfois ce sont les parents qui banalisent, c’est un idiot, ne t’inquiète pas.» Or, des études ont montré qu’il existe un lien significatif entre l’exposition au racisme et la détérioration de l’état de santé, comme en a témoigné Mme Niwemugeni: «Lorsque mon filleul est entré à l’école en 1re année, les enfants répétaient: «On ne veut pas jouer avec lui parce qu’il est sale.» Il ne voulait plus aller à l’école, perdait du poids, faisait de l’insomnie, était anxieux. Quand sa mère allait dire aux professeurs que son fils vivait des choses terribles, ils répondaient qu’ils avaient chicané quelques amis, mais qu’ils ne pouvaient pas intervenir sur tout. Alors il faut aller voir le directeur, écrire une plainte si nécessaire, pousser à faire de la sensibilisation. C’est beaucoup d’efforts, mais il faut se battre.»

Mariétou Cissé, Malienne d’origine, est arrivée au Nouveau-Brunswick il y a sept ans et vit à Québec depuis quatre mois. Sa fille de 21 mois va à la garderie, mais le rapport avec l’éducatrice l’incommode. «C’est la seule Noire et à chaque fois, je reçois des commentaires comme quoi elle ne parle pas, ne s’intègre pas, alors que ma fille a toujours été sociable et joyeuse. Quand je l’amène à la garderie, personne ne vient l’accueillir, elle est toujours en pleurs et j’ai le cœur serré, je voudrais la reprendre chez moi. (Agnès BLAIS)
L'édition imprimée
no. 173, Mars 2020
3 000 exemplaires. 20 pages.
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