Attentats terroristes anti-musulmans en Nouvelle-Zélande. Solidaires avec les familles des victimes!
Répartis en trois groupes, les participants ont tenté leur chance pendant trois heures et demie. (Photo: Denis Shragin)

Braver le frette québécois pour s’initier à la pêche hivernale sur le lac des Cygnes

Le 1er février 2019, 13 immigrants de Québec originaires du Bhoutan, d'Iran, de Chine, d'Ukraine, d'Azerbaïdjan et de Russie ont bravé une température de moins 20 degrés Celsius (moins 30 avec le facteur éolien) pour faire l’expérience de la pêche hivernale sur le lac des Cygnes dans la Zone d’exploitation contrôlée Jaro à l’invitation de Zecs Québec. Répartis en trois groupes, les courageux participants ont tenté leur chance pendant trois heures et demie. (Denis SHRAGIN et Agnès BLAIS)

Le projet de loi 9, une occasion pour démoniser le gouvernement Legault

Comme pour la plupart d’entre nous, mon aventure québécoise a commencé avec une demande de Certificat de sélection du Québec (CSQ). Pour payer les frais de traitement de dossier, mon épouse et moi avons dû emprunter les quelques centaines de dollars canadiens exigés par les autorités québécoises. Avec nos maigres salaires roumains, c’était une petite fortune. Nous l’avons remboursée durant plusieurs mois sans intérêt à une compatriote bien nantie sensible à notre projet d’immigration. (…)

Je peux parfaitement comprendre la déception et même la révolte des titulaires des 18 000 dossiers d’immigration (et de leurs personnes à charge) qui ont vu leurs espoirs d’une vie meilleure anéantis du jour au lendemain par le dépôt du projet de loi 9 du ministre québécois de l’Immigration Simon Jolin-Barette. Je sais bien à quel point, après avoir fait la demande d’immigration, une partie de nous vit déjà au Québec et en fonction de ce projet qui marque à jamais notre destin. Je comprends aussi qu’après des années d’attente, les personnes concernées peuvent se sentir frustrées et même trompées par les autorités québécoises en immigration en apprenant que les règles du jeu ont changé, que les critères de sélection du Québec ne sont plus les mêmes, que leur attente a été vaine. Et cela, même si les frais de traitement leur seront remboursés (sans intérêt).

Ce que je comprends moins, c’est la virulence des critiques du Parti libéral du Québec (PLQ) qui avait la responsabilité de traiter dans un délai raisonnable ces 18 000 dossiers hérités par le nouveau gouvernement caquiste. J’ai l’impression que les libéraux, qui ont mordu la poussière électorale le 1er octobre dernier, utilisent cette occasion pour démoniser une fois de plus le gouvernement Legault sur le très sensible terrain de l’immigration. Ils feront certainement de même au printemps prochain lors du futur projet de loi sur la laïcité.

Dans une entrevue accordée le 11 février 2019 à la journaliste Anne-Marie Dussault de Radio-Canada, le ministre Simon Jolin-Barrette a été loin de manquer d’empathie envers les candidats affectés par sa décision d’annuler les 18 000 dossiers d’immigration déposés avant le 2 août 2018 et non traités. En même temps, il a proposé des solutions alternatives, telles que le Programme d’expérience québécoise (PEQ) et le nouveau système Arrima, admettant cependant que ce dernier n’a donné encore aucune réponse aux environ 91 000 demandeurs déjà inscrits.

Même s’il a tenté de s’ériger lui aussi en sauveur devant le micro d’Anne-Marie Dussault, en affirmant qu’il était en train de «réparer un système qui ne fonctionnait pas» (le système Arrima étant une réalisation du PLQ lancée en août 2018), le ministre Jolin-Barrette a marqué un point important pour expliquer sa décision(invalidée temporairement le 25 février 2019 par la Cour supérieure) d’annuler les 18 000 dossiers d’immigration. «Ce n’était pas plus avantageux pour les gens qui venaient au Québec avec un profil qui ne correspondait pas au marché du travail», a affirmé le jeune ministre caquiste, qui estime que «ces gens-là» auraient pu vivre «des rêves brisés» faute de pouvoir occuper un emploi à la hauteur de leurs compétences, car surqualifiés. En connaissant le nombre de chauffeurs de taxi, de plongeurs (de resto) et de livreurs de pizza détenteurs de diplômes universitaires à Québec et au Québec, il est difficile de le contredire à ce sujet…

Mihai Claudiu CRISTEA

Comment répondre aux questions discriminatoires pendant une entrevue d’embauche?

«De quel pays êtes-vous? Depuis combien de temps vivez-vous au Québec? Avez-vous immigré avec votre famille?» Ces questions fréquentes que l'on pose aux nouveaux arrivants qui font l'objet d’une certaine curiosité n'ont pas le même impact dans un processus de sélection. Bien qu’il soit légitime que les recruteurs s'interrogent sur la capacité du candidat à occuper le poste à pourvoir, sur sa stabilité et sur sa motivation, au Québec, les questions discriminatoires sont interdites par la loi. Cependant, il faut traiter ce sujet avec attention, avec calme et avec une bonne dose de tact. (…)

Il existe deux exceptions qui permettent de collecter des informations d’ordre privé: lorsque c’est en lien avec les aptitudes et/ou les qualités requises par l’emploi visé ou lorsqu’il s’agit d’un programme d’accès à l’égalité en emploi. Par exemple, on peut bénéficier d’un traitement différentiel, qu’on appelle plus communément de la «discrimination positive», si l’on s’identifie comme minorité visible dans le processus de sélection d’organismes publics et de certaines entreprises privées. Ces mesures ont pour but de contrer la discrimination en emploi.

Malgré les dispositions de la Charte des droits et libertés, par ignorance ou maladresse, certains employeurs interrogent tout de même les candidats sur leur origine, leur situation familiale et parfois leur religion. Les chercheurs d'emploi ne savent pas toujours quoi répondre par crainte de paraître sur la défensive et ainsi risquer d'être éliminés.

Le candidat doit essayer de bien comprendre les raisons qui poussent son potentiel employeur à poser ce genre de questions. Dans certains cas, c’est par simple curiosité ou pour détendre l’atmosphère et mettre à l’aise le chercheur d’emploi. Il arrive aussi parfois que le recruteur ait des préjugés sur le candidat, ce qui pourrait porter préjudice à ce dernier.

Par exemple, en questionnant le candidat sur les motifs qui l’ont poussé à immigrer et sur le temps passé au Québec, le recruteur cherche généralement à savoir si la personne sera stable en emploi ou si elle est encore en phase d’adaptation à son nouvel environnement. L’employeur souhaite mesurer les risques que ce futur employé quitte rapidement son emploi si celui-ci ou sa famille ne se plaisent pas au Québec. Il peut aussi craindre que ce nouvel arrivant ait besoin de plus de temps ou d’un accompagnement plus soutenu s’il n’a pas encore saisi les façons de faire au Québec.

Même si les entrevues au Québec se déroulent souvent dans une ambiance qui met en confiance le candidat, celui-ci ne doit pas oublier qu’il est en contexte d’évaluation de ses compétences et de son savoir-être. Il doit éviter d’aborder de lui-même des sujets plus personnels en parlant par exemple de sa famille. De plus, même s’il est tenté de répondre à une question sur sa vie privée, craignant de ne pas être retenu pour le poste s’il ne fournit pas les informations demandées, il dévoile alors un aspect de lui qui n’a pas à être considéré dans le processus de sélection. D’un autre côté, il faut se rappeler qu’au Québec le savoir-être a beaucoup d’importance et est évalué lors de l’entrevue au même titre que le savoir-faire. Le candidat doit donc éviter en même temps de se montrer sur la défensive en adoptant une attitude de fermeture ou (pire encore) en répondant de manière agressive.

Sandrine GÉRARD, conseillère auprès des personnes immigrantes, Option-travail
L'édition imprimée
no. 160, Février 2019
3 000 exemplaires. 20 pages.
Disponible dès maintenant.
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