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Vedette à contrecœur

Majida Begum, une nouvelle vie à Québec sans le niqab

L’histoire de la jeune Birmane Majida Begum expulsée à la mi-juillet d’un autobus du RTC pour avoir refusé de montrer son visage est maintenant archiconnue. Annoncée d’abord par notre publication, elle a été reprise et développée par les médias de Québec, du Québec et du Canada. Une simple recherche sur Internet nous a montré que l’incident est devenu sujet d’intérêt même en France...

Selon un sondage d’opinion en ligne organisé le 30 septembre par la chaîne TVA auprès de ses téléspectateurs, plus de 95 % des 1000 répondants ont donné raison au chauffeur du RTC qui a expulsé Majida Begum de l’autobus à la suite de son refus de s’identifier. Sur ce fond d’irritation et d’indignation quasi générales dont la capitale était l’épicentre, nous avons rencontré par hasard, le 1er octobre dernier, au Cégep de Ste-Foy, pour la toute première fois sans voile, la jeune Majida Begum. Nous étions sur place pour couvrir le lancement du Guide du nouvel arrivant édité par le Centre International des Femmes, Québec et l’assistance était majoritairement composée d’étudiants en francisation dont plusieurs réfugiées et réfugiés de Birmanie et du Bangladesh.

Majida Begum, libre de rêver sans la barrière du niqab (Photo: LIC)

Sans niqab au Cégep de Sainte-Foy

Nous avons eu la chance de parler pendant quelques minutes avec l’enseignante de français des étudiantes d’origine birmane au Cégep de Sainte-Foy. Elle nous a confirmé qu’au mois de juin, lors du début des cours de francisation offerts à temps plein par le ministère de l’Immigration et de Communautés culturelles dans les locaux du Cégep de Sainte-Foy, les étudiantes Birmanes ont été informées qu’elles ne pouvaient pas porter le niqab en classe. «Les filles ont rapidement compris», affirme leur enseignante. En 24 heures, le niqab a disparu lors des cours de français même si parfois certaines filles avaient tendance à recouvrir leur visage à la pause dans les corridors de l’école…

Fâchée contre le chauffeur du RTC

Les collègues de Majida Begum nous ont confirmé qu’aujourd’hui, aucune des 150 Birmanes de Québec ne porte plus le voile intégral. Au total, elles étaient quatre qui le portaient, disent-elles. Par contre, elles le porteront de nouveau lors d’un éventuel voyage dans leur pays d’origine. Leur choix de renoncer au niqab à Québec est directement lié à l’incident dans l’autobus et à la couverture médiatique qui a suivi. Selon une d’entre elles qui a été témoin de l’incident de la mi-juillet, Majida Begum est toujours fâchée contre le chauffeur d’autobus du RTC.

Après avoir accepté (difficilement) de se faire photographier à visage découvert par Les immigrants de la Capitale, Majida Begum nous a montré sa fameuse carte d’autobus privilège étudiant. Nous avons vu alors que lors de la prise de photo pour cette carte elle ne portait ni le niqab, ni le hijab (celui qui couvre la tête).

Une plainte sans résultat

Le directeur des communications du RTC, M. Claude Lévesque, nous a confirmé que la plainte acheminée avec l’aide de la directrice du Centre multiethnique de Québec, Mme Dominique Lachance, au nom de Majida Begum est totalement incomplète pour pouvoir retracer le chauffeur en cause. La plainte ne contient ni le numéro de l’autobus, ni l’heure exacte de l’incident, ni la ligne sur laquelle l’événement s’est produit. M. Lévesque soutient que le chauffeur a respecté à la lettre le règlement en vigueur du RTC. «Le détenteur d’une carte privilège étudiant ou ainé avec photo (à tarif réduit) doit s’identifier chaque fois qu’il monte dans l’autobus. Ce type de carte n’est pas transmissible. Si elle avait une carte à plein tarif, qui n’a pas de photo, cette jeune n’aurait pas à s’identifier», nous a déclaré M. Lévesque.

Discriminée ou non?

Même si le problème est réglé, il persiste toujours une question. Majida Begum a-t-elle été discriminée en étant obligée de descendre de l’autobus avec sa carte en main? Un avocat de Québec qui désire garder l’anonymat croit que Majida Begum n’a pratiquement aucune chance de gagner en justice en invoquant la Charte québécoise des droits et libertés de la personne selon laquelle la liberté de religion est un droit fondamental. «En acceptant de se faire photographier à visage découvert pour sa carte d’autobus, la jeune fille a renoncé volontairement à son droit de ne pas se découvrir. Son attitude a été équivoque, voire contradictoire», est d’avis l’avocat. Autrement dit, le RTC n’a rien à craindre.

Mihai Claudiu CRISTEA / Article publié dans le numéro d'octobre 2009.