Collectes de fonds pour la famille d'Oscar Anibal Rodriguez

La communauté latino-américaine de Québec est en deuil. Préposé aux bénéficiaires au CHSLD Saint-Antoine, Oscar Anibal Rodriguez, Argentin d’origine, 57 ans, a perdu la lutte contre le nouveau coronavirus, contracté durant son travail. Déclaré positif à la COVID-19 avant les Fêtes, après avoir cessé de donner signe de vie à sa famille en Argentine, il a été retrouvé mort le 2 janvier 2021, seul dans son appartement à Québec.

Vous pouvez soutenir la famille endeuillée d’Oscar Rodriguez par le biais d’une des deux collectes de fonds lancées à Québec par Mme Julie Chantal, préposée aux bénéficiaires, collègue de travail de M. Rodriguez, et par M. Max Férandon, écrivain d’origine française et préposé aux bénéficiaires à l’Hôpital Jeffery Hale, collectes soutenues par la CASA latino-américaine de Québec. Vous pouvez faire votre don ci-dessous, selon votre choix. (M.C. CRISTEA)

Collecte de fonds organisée par Julie Chantal : Collecte de fond pour la famille d'Oscar Rodriguez (gofundme.com)

Collecte de fonds organisée par Max Férandon Facebook

Point de vue

Le multiculturalisme «intelligent». Vraiment?

Anne-Marie Labrecque

Le 3 janvier dernier, dans le coin du lecteur du Soleil, j’ai repéré une lettre intitulée «Le multiculturalisme intelligent». La lectrice partageait avec enthousiasme son expérience de multiculturalisme en milieu de travail, qu’elle qualifiait de privilège. Mon malaise a pointé lorsqu’elle a mentionné qu’un groupe faisait tache dans la belle mosaïque. Sans qu’elle nomme ce groupe, on devinait qu’elle parlait des arabo-musulmans. Au nom de la préservation de notre identité, la lectrice proposait de mieux choisir nos immigrants, de privilégier ceux qui partagent davantage nos valeurs, et non ceux qui, selon elle, refusent une femme comme supérieure hiérarchique ou exigent des privilèges qui ne sont accordés à personne.

Une telle réflexion m’attriste, car elle suppose pénaliser un ensemble d’individus à cause du comportement jugé répréhensible d’une minorité. Il y a quelques années, un mariage a enrichi ma famille québécoise d’une jeune femme d’origine irakienne. Elle est éduquée, occupe un emploi utile à la société, éduque ses filles en étroite complicité avec son conjoint. Le métissage s’opère dans l’harmonie, où chacun s’enrichit mutuellement de sa culture propre, plutôt que de se retrancher dans la conception de ce que «devrait» être son identité, comme s’il s’agissait d’une chose immuable, au même titre qu’un artefact de musée. Je suis heureuse de la présence d’Abir dans notre famille. Il aurait été honteux de lui refuser l’accès au pays sous prétexte que sa famille est arabe. Heureusement, nous vivons dans un pays de droit où on ne discrimine pas une personne sur la base de sa nationalité, du moins pas officiellement.

Oui, bien sûr, il m’arrive moi-même d’être choquée lorsque j’observe l’interaction entre une femme et un homme arabo-musulmans, ou entends certaines réflexions de membres de ce groupe (et d’autres groupes, y compris québécois) concernant le rôle de la femme dans la société. Toutefois, je crois qu’une société dont l’identité est solide n’a pas à craindre l’autre. Toute personne immigrante qui est prête à s’ouvrir aux valeurs partagées de sa société d’accueil y trouvera sa place, sans avoir à renoncer aux valeurs qui sont les assises de sa propre identité. Nous ne devons pas craindre l’immigrant qui refuse systématiquement les valeurs dominantes de sa société d’accueil, mais le plaindre, car jamais il n’y sera heureux. Et je plains aussi les Québécois qui jugent en bloc les immigrants.

«C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer», écrit Amin Maalouf dans le livre Les identités meurtrières. Sujet à réflexion…

Article publié dans le numéro de janvier 2010.